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15/03/2008

Un train de retard

 Je vous préviens tout de suite. Cette note ne sera pas la plus gaie de toutes les notes que j'ai pu écrire ici. Ce ne sera pas la plus futile. Mais j'y pense depuis longtemps et l'actualité me donne l'occasion de tenter de mettre sur l'écran ce que je ressens.

L'actualité n'est pas faîte que d'élections municipales, ce débat qui n'intéresse pas tout le monde. Il y'a aussi un autre débat, une autre discussion, qui touche chacun d'entre nous, qui nous oblige à nous positionner, ou, du moins, qui nous force à nous questionner.

Je voudrais ici parler du débat sur l'euthanasie, sur le suicide médicalement assisté, avec l'histoire poignante de Chantal Sebire. Au delà du sensationnel qui entoure cette histoire, au delà des images, il y'a quelque chose d'autre qui gène, comme un caillou dans la chaussure. Car cette histoire de Chantal Sebire nous confronte à notre propre mort. Et c'est vrai que l'on ne veut pas trop y penser...

Chantal Sebire, atteinte d'une maladie incurable, demande le droit de mourir dans la dignité, lucide, et entourée de ceux et celles qu'elle aime, au matin, après avoir passé une nuit à festoyer. Elle l'a demandé au Président de la République (qui, pour une fois, s'est abstenu de répondre...) et a déposé sa requête au tribunal de Dijon.

Les politiques, au chaud dans leurs salons parisiens, ont répondu. La palme revient à cette dinde de Boutin qui affirme qu'on ne peut pas recourir au suicide pour des questions esthétiques. Greluche, on ne te parle pas de carrés channel, mais de douleur, de souffrance, de corps qui se barre en sucette.

Puis, Dati a pris la parole. Elle a dit que la loi actuelle était assez équilibrée, et qu'il n'y avait pas lieu d'en créer une autre. La loi actuelle permet de s'opposer à l'acharnement thérapeutique.

Puis Fillon a dit que ce n'était pas à la loi de régler le débat. Pourtant, 'autres pays l'ont fait, comme les Pays-Bas, la Suisse et la Belgique.

Je pense qu'il est temps de reconnaître ce droit de mourir dans la dignité. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme stipule que "Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants". On peut tout à fait considérer que le maintien en vie d’une personne atteinte d’une maladie incurable et infligeant de grandes souffrances constitue un traitement inhumain et dégradant.

Pourquoi est ce que nos politiques sont si frileux en la matière ? Alors que nos médecins, infirmières, dévoués et qualifiés, qui ne sont pas des criminels, et qui ont tous prêté le serment d'Hippocrate, sont plus de 2000 à avoir signé l'an passé un manifeste dans lequel ils reconnaissent avoir aidé un patient à mourir. Ces signataires nous demandent, à chacun d'entre nous si nous avons déjà connu « ça ». Sinon, disent-ils, on ne peut pas comprendre. Ils disent « ça », pour ne pas dire les vrais mots. Ils ne veulent pas effrayer les vivants. Ils disent « ça » pour « agonie qui n'en finit pas ». Pour l'effroi qu'ils ont tous ressenti, ces soignants, au moment d'entrer dans la chambre d'un mourant. Pour l'horreur des tumeurs qui défigurent. Pour l'odeur de sueur et de pus ; pour le bruit incessant du râle, le gémissement plaintif ou le hurlement de douleur. Pour le graillonnement, qui rappelle à chaque seconde que la gorge s'obstrue de glaires et que bientôt l'air ne passera plus. Pour la peau qui commence à pourrir, les trous dans le corps décharné. Pour la peur qui fige les regards. Pour la vie qui se barre de tous les côtés. Du sang, de la merde, des larmes : c'est ça, l'agonie parfois, quand la mort ne vous prend pas par surprise.

Je salue le geste de courage de Chantal Sebire qui, alors que beaucoup se terreraient dans leur coin, apeurés par ce qui les attend, remue nos consciences pour que ce droit essentiel à la dignité soit reconnu jusqu'à la fin.

Commentaires

T'as raison au début de ton billet : c'est un sujet ni facile, ni agréable. Personnellement, je ressents toujours un malaise quand il vient sur la table, et pourtant, comment ne pas entendre la souffrance dite comme ça. Je comprends aussi qu'on s'interroge sur l'encadrement médical et social de décisions aussi lourdes, je sais pas trop si la loi actuelle suffit ou pas, en tout cas, il est temps qu'on arrête d'enterrer ce débat, ce sera peut-être aussi une façon de mettre fin au malaise.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 15/03/2008

Raaaaa.... tu m'as piqué l'idée de sujet que j'avais pour ma prochaine note....
J'ai une consolation, c'est que tu l'as bien mieux écrite que je ne l'aurais fait.
Quand j'ai entendu Boutin intervenir sur RMC j'ai failli envoyer la radio par la fenêtre... Elle n'a pas changé, celle-là, depuis 10 ans, avec sa Bible dans le sac Vuytton... Aucune chance d'évolution positive...
Pour ce qui est de la comparaison avec d'autres pays qui ont sauté le pas, tu noteras qu'on nous propose toujours les autres pays comme exemple quand ça arrange (genre pour des réformes économico libérales) ! Mais pour l'euthanasie, ah non... là ça 'colle' pas...
Tu te trompes sur un détail : le "président" a certes répondu, en proposant à Chantal Sebire de monter à Paris pour de nouveaux examens médicaux afin de voir si quelque chose d'autre ne pourrait pas être tenté... Bientôt il va lui proposer l'apposition de ses propres mains, aussi, comme à l'époque où Louis XIV allait toucher les écrouelles...
J'arrête là sur ce sujet... Il me met tellement en colère que je ne sais pas argumenter et débattre de façon calme dessus.

Écrit par : lancelot | 16/03/2008

Eh ben j'en ai aussi parler sur mon blog. Pathétique toutes les réponses de nos politiques en slip !!!

Écrit par : Mouse54 | 16/03/2008

J'en ai lues des choses pathétiques sur le sujet et pas seulement des propos de politiques. Là, parce que j'ai vécu cette situation, j'ai juste envie de te dire : "Merci".

Écrit par : Maxie | 17/03/2008

Je comprends honnêtement la frilosité des politiques face à ce sujet qu'ils soient de gauche ou de droite. Il s'agit tout de même de donner la mort "volontairement" certes avec l'accord de la personne hors qui peut se donner le droit d'un tel acte. De plus, dans notre civilisation judéo-chrétienne, cet act ne sera jamais soutenu par l'église et croyez-moi ou non, mais le Clergé est encore un fort lobby qui influence beaucoup la politique. La France à toujours été lente en matière de nouvelles mesures progressistes. Malheureusement, elle peine à prendre exemple par orgueil sur ses pays voisin. Le droit à l'avortement est légal en France et il peut être considéré comme une forme de mort volontaire. Tant qu'un ministre aussi courageux que Mme Veil ne prendra pas le problème à bras le corps, on restera au statu quo.

Écrit par : Nicolas | 21/03/2008

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