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04/06/2008

Dans la fosse aux lions

Celà faisait un bail que j'en parlais, j'ai franchi le pas. Soucieux de préserver la planète (et accessoirement aussi mon porte-monnaie...), je ne prends plus la voiture pour aller au boulot. Désormais, comme tous les autres, j'ai mon abonnement de travail, ma carte Navigo et mon Ipod.

Comme tous les autres, je mets un point d'honneur à tirer le plus possible la gueuele le matin dans les transports en commun.

Comme tous les autres, je cherche les quotidiens gratuits pour agrémenter mon trajet.

Mais pas tout à fait comme tous les autres. Parce qu'à ma gare de banlieue, le quai pour Paris est bondé tous les matins. Mais moi, je travaille en Picardie ! Donc, comme un pauvre idiot, je suis tout seul le matin, sur mon quai, sous les yeux de tous ces parisiens qui me regardent en se disant probablement que je me suis trompé de sens. Que neni ! Moi, dans mon train, j'ai de la place assise, voire même allongée.

Je me tape toutes les gares pourries et paumées jusqu'au terminus, où je prends une correspondance. Un TER, parce que je quitte l'île de France. Et hop, 10 minutes après, me voilà dans arrivé. Enfin, pas tout à fait.

Et c'est là que le bas blesse.

Parce que pour aller de la gare à mon bahut, il faut que je traverse la cité. Et dans la cité, il y'a mes élèves. Les élèves actuels sont tous très gentils, ils me saluent, les plus âgés viennent me serrer la main... Les caïds, à 7h30, ça dort encore. Normal, ils sont couchés depuis pas longtemps.

Le problème, c'est le soir. Le soir, je traverse la cité, et là, les caïds, ils sont debout. Je suis désormais sur leur territoire. Ils me le font comprendre. Et la gare, c'est leur lieu de repère. Il n'y a pas une semaine sans que je n'entende parler d'un incident dans cette gare. Et ce soir, ça n'a pas manqué.

Alors que j'arrivais, j'ai repéré de loin deux anciens élèves qui tenaient les murs de la gare. Deux élèves virés par conseil de discipline, auquel je siège. Deux lascars qui m'ont laissé les pires souvenirs de ma toute jeune et fraîche carrière. Avec mon sac à la main, je ne pouvais feindre de m'être trompé de chemin et faire demi-tour. Je me suis donc engagé dans la gare. Le plus grand des deux et venu me voir, sourire de lascar aux lèvres. Vous savez, le genre de sourire qui veut dire "toi, tu vas en chier..."

Le second est rentré lui aussi dans la gare. Cet élève est vraiment de loin le pire que je n'ai jamais connu. Violent, ingérable, insolent, qui n'a peur de rien, qui n'écoute jamais rien, provocateur, intimidant, méchant gratuitement. Il est rentré dans la gare et a hurlé à tous ses collègues :

"Hé, c'est celui qui a fait virer M du bahut !" Il l'a répété plusieurs fois. Moi, pendant ce temps, je me décomposais littéralement. J'étais dans l'antre des loups, dans la fosse aux lions, j'étais leur proie, l'intrus sur leur territoire. Et vraiment, je n'exagère pas. Les jeunes sont venus me voir : "t'as fait quoi toi ??" "Kes ta fé???" "T'es qui toi ???"... Gardant toute mon assurance, je jetais un oeil au maître chien qui n'a pas bougé d'un poil. Un connard qui ne sert à rien. Cette affaire a duré deux bonnes minutes qui m'ont paru une éternité. Deux minutes durant lesquelles plusieurs jeunes m'ont encerclé...

Un grand-frère est arrivé. Vous savez, les grands frères vilipendés par Dati hier ? Et bien ce grand-frère a réussi à calmer tout le monde en deux secondes. Le train est arrivé, je suis monté. Dix minutes après, mes jambes en tremblaient encore.

Le pire, c'est que je suis vraiment pas un méchant au boulot. Toujours, je prends le temps d'expliquer les sanctions, les punitions, je fais des bilans réguliers, félicite toujours quand il le faut, mets en avant le meilleur d'eux-mêmes.

Mais là, je l'avoue, j'ai (encore) eu peur. Je m'en balance des propos iufmiens comme "c'est pas contre toi qu'ils en ont, c'est contre l'institution, contre ce que tu représentes..."

Je m'en branle. Je ne représente rien, je suis moi, j'ai eu peur, ça me gave. J'ai eu peur. Je suis prof, pas de la chair à canon.

Commentaires

Waouu! Je te reçois cinq sur cinq. Je sais EXACTEMENT ce que tu veux dire par "mes jambes tremblaient encore".
Tu prévois quoi pour les prochaines fois puisque visiblement le mec au bout de la laisse du chien ne sert à rien!?

Écrit par : MarcelD | 04/06/2008

et pourtant tu es dans l'oise!

bon courage pour la suite.

et fais attention a toi

Écrit par : The 6L20 | 04/06/2008

Il fallait leur dire "Wesh, bien ou bien ?". Just kidding. Je suis vraiment étonné par l'attitude du maître-chien. À quoi sert-il ?

Écrit par : ivc | 04/06/2008

Des connards il y en à partout. Courage. Et reprend la voiture à mon avis.

Écrit par : Poudre 28 ans en Guyane mais là sur Orléans | 04/06/2008

Bon ben la voiture, ça pollue, ça ecrase les gens, ça fait du bruit et consomme beaucoup, mais au final ... on y es plus en sécurité !

Écrit par : Linkiseb | 05/06/2008

Ouaip, l'important c'est avant tout ta sécurité dans l'histoire. Fais attention à toi

Écrit par : L'Elephant | 05/06/2008

Oui, mon grand : reprends la voiture, ce sera plus sûr. Mieux vaut larguer quelques euros de plus en TIPP que de te retrouver à l'hosto. Et on te prêtera tous l'autocollant : "NE BRULEZ PAS MA VOITURE, J'AI VOTE SEGOLENE".

Si les intimidations recommencent, donne-moi leur signalement. Je transmettrai à mon frère (1,83 m pour 85 kg) qui est CRS. Comme il dit si bien, il en a maté de la racaille pendant les émeutes. Même si foncièrement, je n'apprécie pas les méthodes de cow-boys de la police française.

Écrit par : Dark Angel | 05/06/2008

Ben au moins, en bognole ... t'as pas ce genre de problèmes.
Ce récit me rappelle la période où j'étais prof à Cergy et pareil ... le soir, la gare RER c'est l'agora des petites frappes.
Courage

Écrit par : tto | 05/06/2008

Putain je le crois pas, je le crois pas... j'en suis MALADE

J'ai commencé a lecture de ta note avec le sourire aux lèvres en croyant que tu allais nous faire rire en nous décrivant un voyage en RER au milieu de gens chiants et casse-pieds, et je me décomposais petit à petit sur la fin de ce récit HORRIBLE. Je me voyais à ta place...

Putain Any, je fais écho aux autres : reprends ta voiture. La pollution, on s'en fout. Et pour la facture d'essence, je suis même prêt à organiser un téléthon des bloggueurs pour t'aider s'il faut. C'est pas permis de vivre ça.

MERDE ! J'ai les boules.

Écrit par : lancelot | 05/06/2008

@ Tous : merci pour vos gentils messages, ça me fait vraiment plaisir... J'en ai parlé avec mon chef qui était catastrophé aussi. Ces jeunes, je les connais tous, ils sont passés au lycée, pas longtemps pour certains mais bon...
J'ai eu peur, mais là, ça va mieux, je relativise. C'était de l'intimidation et ils ont gagné. Mais pas pour longtemps.
J'ai retenté l'expérience et je n'ai croisé personne. Je ne lacherai pas l'affaire, je ne vais pas me pisser dessus devant eux quand même ! Ce n'est pas LEUR gare, ils n'ont pas pissé autour pour marquer leur territoire quand même ! ça leur feraiit trop plaisir de me voir reprendre la voiture.
Et puis sur le trajet à pieds pour aller de la gare au lycée, ou l'inverse, et parfois même à la gare, je croise des élèves qui me saluent gentiment, certains viennent me serrer la main. J'aime ça, ça me réconforte un peu...
Je sais que ça va se reproduire, mais je pense qu'ils vont s'habituer à ma présence, ils ne vont pas me pourir la vie éternellement.

Écrit par : anydris | 06/06/2008

.....eh bien, si tu as le courage d'y retourner, je t'admire. Ceci dit, laisse-moi te donner un conseil pour la prochaine fois. Quitte à avoir du courage, pousse-le au moins jusqu'à aller parler au maître chien et lui demander à quoi il sert, ce connard, à se gratter les burnes pendant que toi tu te fais agresser. Ou au moins signaler son comportement, son absence totale de réaction, à la direction de la gare. Parce que si les petites frappes ont au moins l'excuse d'être des petits animaux sauvages, lui il n'en a aucune, d'excuse, pour son comportement inqualifiable. Aucune. Et ça, ça peut pas continuer ainsi impunément. Quitte à être héroîque, tu ne peux pas laisser passer ça.

Écrit par : lancelot | 06/06/2008

le ma^tre chien, c'est un copain à eux, il vient du quartier aussi... la derniere fois il s'amusait avec son chien démuselé...
C'est pas etre héroïque, c'est juste que si je n'y vais plus ils vont avoir le sentiment d'avoir gagné. Je ne veux pas faiblir

Écrit par : anydris | 06/06/2008

Eh bien alors il faut le SIGNALER à la direction, le comportement du Maître Chien. Tant qu'à ne pas leur donner "le sentiment d'avoir gagné" autant essayer d'assurer l'avenir, le tien et celui des autres usagers de la station, un peu mieux qu'en te disant qu'ils "finiront par s'habituer à ta présence"..... Si "ne pas faiblir" ça consiste simplement à revenir tous les soirs en ayant la trouille au ventre, comme l'agneau du sacrifice, si tu veux mon avis, ça ne rime à rien.

Écrit par : lancelot | 06/06/2008

Je siège au conseil de la sécurité publique de la ville dans le cadre du contrat local de sécurité. J'en toucherai deux mots, la prochaine réunion est très bientôt. A cette réunion il y'a le maire, les représentants de la sncf, des grandes surfaces, des flics, des pompiers, des écoles collège lycée...

Écrit par : anydris | 06/06/2008

Essaie de toucher davantage que deux mots... essaie d'en aligner trois, même quatre ou cinq si tu peux !
Excuse mon "côté hystérique"... Je sais bien que c'est pas facile de ton côté non plus. Mais j'ai vraiment pris cette histoire au sérieux. Faut pas rigoler...

Écrit par : lancelot | 06/06/2008

Oui fait attention Anydris, parce qu'on ne sait pas jusqu'où la connerie peut aller. Le fameux phénomène de bande qui annihile toute intelligence et donne une puissance de crétin à des gamins qui, une fois seuls, peuvent presqu'être sympathiques.

Écrit par : Valérie de Haute Savoie | 06/06/2008

Anydris, franchement, j'entends les conseils de prudence qui te sont donnés, ils sont justes et raisonnés, et puis ils tiennent à l'amour qu'on a pour toi, et au refus de la violence gratuite. Ce serait en effet dommage que ta belle petite gueule soit abîmée ! mais je te donne raison de tenir bon. Derrière l'agressivité de façade, j'ai comme l'impresion que ta seule présence a plus de force. Evidemment, elle peut pas leur faire beaucoup de mal en apparence, toi, tu as plus de fragilité. Mais en réalité, en leur contestant le territoire, avec le soutien d'autres jeunes, c'est toi qui gagne. Joue pas aux Zorros quand même, mais tant que tu as les trippes pour, je te vois protégé. 'ch Allah ! Entre parenthèse, t'es vraiment un type bien.

Écrit par : Oh!91 | 07/06/2008

@ valerie : et oui, ces jeunes, je les connais, seuls à seuls dans mon bureau, on a de vrais discussions, ils refont le monde, et hop, après, il faut donner le change devant les copains...
@ Oh!91 : Je ne dirais pas que je ne flippe pas, mais je pense qu'il faut aussi aller à leur rencontre, partager leur quotidien...
Et entre parenthèses, merci...

Écrit par : anydris | 08/06/2008

En lisant ta note, je tremble...

Écrit par : Ditom | 12/06/2008

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