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17/09/2008

This is the rhythm of my life

Après presque 48 heures passées au lycée, je reviens dans mon chez moi un peu beaucoup vidé, carrément à l'ouest et pas loin de la déprime. Deux semaines que j'ai repris et mon médecin que j'aime bien, il m'a donné des petites pilules chouettes qu'elles s'appellent Atharax. Juste pour que je fasse dodo, et pas genre que je me réveille à 3 heures du mat toutes les nuits, les yeux grands ouverts, sans qu'il n'y ait moyen de se rendormir. En semaine, ça passe encore, mais le week end, le réveil à 3 heures du mat, c'est franchement limite.

Donc juste pour résumer tout ce que j'ai pu vivre en deux jours :

-Trois bagarres, dont une filmée sur téléphone portable. Mon sermon a obtenu comme réponse "M'en fou, s'il  me fait encore chier, je lui pête sa gueule".

- Trois évacuations incendies dont deux seulement étaient des exercices. Le souci, c'est que pour une, les portes ne se sont pas ouvertes.

- Des coups de fil de parents inquiets que leur petit fiston n'ait plus envie de venir au bahut parce que ça fait trop peur. Mais non madame, arrêtez de surcouver votre rejeton et faîtes lui découvrir la vraie vie. Envoyez le au lycée !

- J'ai du renvoyer chez eux des djeuns qui tentaient d'escalader le portail du bahut à 21 heures pour "donner quelque chose à quelqu'un..." Le souci, c'est qu'ils n'avaient pas envie de partir et moi pas envie qu'ils rentrent voir mes internes.

- Deux conseils de disciplines. Deux en moins.

- Une prof d'alphabet qui est venue pleurer une demie-heure dans mon bureau parce qu'elle s'est reçu un tube UHU sur la tête. Biens sûr, le courageux et maladroit apprenti Guillaume Tell n'a pas eu les couilles d'assumer. Assu-quoi ? connaissent pas ce mot.

- Des vols. Un portable et deux paires de baskets à l'internat. Ma casquette de Sherlock Holmes et mon flair de Maigret ont échoué. Mes gros yeux et ma morale les ont fait rire.

- Et, à 17 heures, alors que j'avais fini ma journée selon mon emploi du temps qui est punaisé au dessus de mon bureau, je me suis dirigé vers la sortie. Un petit tour sur le parking pour l'heure des mamans pour être sûr. Et là, que vois-je ? Diantre ? Mes amis les policiers municipaux et gendarmes venus en masse nous dire bonjour ! Pourquoi donc, me demande-je alors ? Et bien, parce que quelqu'un les a appelé pour leur faire part de coups de feu tirés sur le parking ! Rien que ça ! Renseignement pris, il ne s'agissait que d'un pistolet à billes. Mais les billes, sur les voitures, ça fait bobo à la carrosserie, et sur les gens, ça fait bobo tout court. Bien sûr, après avoir raccompagné les gendarmes, je suis repassé au bureau, où mon téléphone frôlait la crise cardiaque tellement il sonnait et bipait de double appel. Des parents inquiets. Donc, à 18 heures 30, je suis rentré chez moi. Dans la voiture, à tue-tête je chantais ce morceau à la con qui me booste un peu et me donne le sourire.


podcastThe rhythm of the night, Heres House Band.

Difficile de décrire ce que je ressens. Ce n'est pas de la peur pour moi, ou du moins, ce n'est pas le sentiment prédominant. C'est encore pire que ça. Une espèce de pessimisme sur la société que nous sommes en train de construire et de laisser en héritage à des jeunes qui partent dans tous les sens. Une sorte de sentiment d'impuissance face à des jeunes pour qui la parole de l'adulte n'est plus respectable. Aujourd'hui l'un d'eux m'a dit "Si vous criez, normal que je vous crie dessus aussi" Et puis il y'a aussi cette haine sur leurs visages quand ils se foutent sur la gueule. Impossible de rentrer en contact avec eux. On a beau les toucher, essayer d'étabir un contact visuek, pas moyen. Ils sont dans leur monde de violence...

Alors moi, je fais de belles phrases, de beaux discours, j'explique, je raisonne, je sanctionne... Mais honnêtement, je me le demande ce soir, à quoi bon ? J'aime ces discussions avec eux, je me dis que quelque part, mes mots iront dans un coin de leur tête et ressortiront un jour. Peut-être.

Commentaires

la rentré commence bien...

le truc, c'est mais les paretns ont ils conscience que c'est a cause deux que l'avnir de leur enfants se pourrit de plus en plus?

Écrit par : The 6L20 | 17/09/2008

He bien quel courage...bravo

Écrit par : Nono | 18/09/2008

ça ne doit pas être facile, en effet. Mais je suis sûr que plus tard, avec le recul et la maturité, les bonnes paroles que tu prêches à tes élèves rebelles finiront par résonner dans leurs têtes.

Un conseil Anydris : laisse tomber les médocs et opte plutôt pour la pharmacopée traditionnelle à base de plantes (acupuncture, homéopathie). Les myorelaxants musculaires m'avaient bousillé le sommeil et depuis peu, j'ai retrouvé les bras de Morphée grâce aux tisanes du soir : camomille, tilleul, fleur d'oranger.

Écrit par : Dark Angel | 18/09/2008

"je me dis que quelque part, mes mots iront dans un coin de leur tête et ressortiront un jour. Peut-être." : t'aurais pas écrit ça en conclusion, c'est probablement exactement ce que j'aurais eu envie de te dire. Je partage ton pessimisme, et j'en veux la mort à tous ceux qui ont laissé la société dériver ainsi, ou pire, qui ont organisé cette dérive pour alimenter la peur et maintenir leur pouvoir, qui ont besoin de la peur, qui en ont intrinsèquement besoin. Je hais ces apprentis-sorciers qui se complaisent à créer des monstres pour valider leurs choix de guerre ou de répression. Et comme toi, ou pire que toi, face à ces comportements je serais bien incapable de trouver quoi faire ou quoi dire. Bon dieu que ça doit être dur, dans ces conditions, de choisir entre mesures éducatives et répressives. Bon courage, en tout cas.
Et je partage l'avis de Dark Angel : te laisse pas devenir prisonnier de la chimie : c'est dur aussi d'en sortir.

Écrit par : Oh!91 | 20/09/2008

Ce serait aux parent de faire quelque chose. On ne peut pas vous demander d'assumer l'éducation de ces gosses !

Écrit par : Jarod_ | 22/09/2008

"Des coups de fil de parents inquiets que leur petit fiston n'ait plus envie de venir au bahut parce que ça fait trop peur. Mais non madame, arrêtez de surcouver votre rejeton et faîtes lui découvrir la vraie vie. Envoyez le au lycée !"

Je pourrais presque faire partie de ces parents-là. Et non, Any, ce n'est pas une question de surcouver. Quand comme moi, on est parent d'une gamine (13 ans et demi - rentrée en 3ème) qui n'a pas été élevée dans la violence ou les rapports de force, quand on prône à la maison le respect de soi-même et le respect d'autrui, quand on valorise le travail personnel, on finit par se demander si on a bien fait : ma gosse est en total décalage avec une majeure partie des autres. Depuis qu'elle est rentrée au collège, elle en bavé, et des sévères. Je l'ai portée à bouts de bras de la 6ème à la 4ème, ça n'a pas été spécialement facile ni confortable. Le CPE (avec qui j'ai eu un excellent contact) la connaît bien et garde un oeil "bienveillant" sur elle, je le sais. Jusqu'ici elle a très bien réussi ces années scolaires et mon implication a été nécessaire pour ne pas qu'elle baisse les bras, ou qu'elle souffre des situations conflictuelles ou qu'elle ne devienne à son tour une hyenne ou qu'elle ne perde la motivation de "bien travailler" malgré les insultes et les attaques perpétuelles des autres gamins (et bien qu'elle n'aie pas une tête de première de la classe ni qu'elle se la joue avec ses notes).

Voilà, cette année elle est donc en 3ème. Elle a pris beaucoup d'assurance et a commencé l'année en parlant souvent avec hargne et en montrant les poings. Je la calme vite et ne veux toujours pas qu'elle rentre dans la spirale de la violence ..... et je finis par me demander si je fais bien ou pas.

Bon courage.

Écrit par : Maxie | 23/09/2008

Maxie, c'était de l'ironie cette phrase... Je comprends bien ce qui doit se passer dans la tête d'un jeune qui découvre la violence de notre monde. Je n'ai pas répondu ça aux parents. J'essaie d'expliquer qu'ensemble, on peut arrêter tout ça, ou du moins essayer. Mais je leur répond aussi que, qu'ils le veuillent ou non, c'est aussi la vraie vie la violence et que aussi douloureux que celà puisse paraître, tout le monde y est confronté un jour. C'est un apprentissage, au même titre que les tables de multiplications ou les équations du second degré. Après, chacun est libre de la refuser ou de s'y complaire.
Mais c'est tellement difficile de répondre à ces craintes, légitimes, que l'on comprend, qu'il ne faut pas nier ou évacuer, mais qu'il ne faut pas non plus dramatiser...

Écrit par : any | 24/09/2008

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