23.06.2008
Pour une école sans discrimination
Le thème de la marche des fiertés de cette année est "Pour une école sans discrimination".

Ce thème rappelle la circulaire de rentrée 2008. Tous les ans, en fin d'année scolaire, nous recevons la circulaire de la rentrée suivante qui annonce les priorités que l'on doit mettre en oeuvre pour l'année à venir. Cette année, la circulaire de rentrée, dans l'artcle 9 dispose :
"Lutter contre toutes les violences et toutes les discriminations, notamment l’homophobie
L’école doit offrir à tous les enfants des chances égales et une intégration réussie dans la société. Sa mission est donc aussi de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes, de permettre une prise de conscience des discriminations, de faire disparaître les préjugés, de changer les mentalités et les pratiques. Au sein des établissements, une importance particulière devra être accordée aux actions visant à prévenir les atteintes à l’intégrité physique et à la dignité de la personne : violences racistes et antisémites, violences envers les filles, violences à caractère sexuel, notamment l’homophobie.
Par tous les moyens, prévention et sanction, la lutte contre la violence dans et autour des établissements demeure une priorité absolue."
Quand j'ai lu cette circulaire, je me suis d'abord dit : "Wouaouh ! Enfin le ministère qui se décide à faire quelque chose ! En voilà une idée qu'elle est bonne !"
Puis je l'ai relue en me concentrant (ben oui, je sais, c'est pas bien, mais j'avoue que souvent les circulaires, je les lis en diagonale tellement c'est chiant...)
Alors le ministre il me rappelle ma mission. Je dois "promouvoir l'égalité...pour changer les mentalités et les pratiques." OK, rien de neuf sous le soleil. Puis, j'apprend que l'an prochain, dans mon établissement, "une importance particulière devra être accordée aux actions visant à prévenir les atteintes... notamment homopob[es]." Et enfin, "par tous les moyens, prévention et sanction, la lutte contre les violences demeure une priorité absolue".
OK. heureusement qu'ils emploient le mot "demeure" parce que sinon on aurait pu croire que jusque là l'école était une zone de non droit où les élèves étripaient les profs et pouvaient s'insulter en toute impunité. Ouf, l'honneur est sauf !
Donc, voilà pour la relecture expliquée et commentée de cet article. En résumé, la seule et unique nouveauté, c'est que pour la première fois, le terme "homophobie" est employé. Mais ça ne va pas plus loin.
Il faut rappeler que pas plus loin que l'an dernier, l'homophobie n'était pas reconnue à l'école. Il y'a un logiciel qui s'appelle SIGNA (maintenant c'est CIVIS), dans lequel chaque bahut recense les actes de violence commis à l'école. Cela va de l'insulte au lancer de projectile, viol... etc... Les catégories sont très strictes et il est parfois ardu de signaler un fait de violence car il ne rentre pas dans une case. Bref, ce logiciel est là pour savoir comment va l'école. Et pour chaque acte, on doit préciser s'il a été commis avec une connotation particulière comme "antisémite", "raciste", "sexiste", "sous la menace et la contrainte"... Mais pas plus. L'an passé, j'ai mis à la porte quelques jours un élève qui avait traité un prof de "sale pédé". Puis j'ai voulu le signaler sur le logiciel et dans la catégorie "connotation", j'ai cherché la case "homophobe". Ne la trouvant pas, j'ai envoyé un mail au Rectorat qui m'a dit qu'il fallait utiliser la case "sexiste". Mouais. C'est pas que je nie l'existence d'insultes et actes sexistes, mais un "sale pédé" et un "grosse greluche", c'est pas la même chose.
Lutter contre l'homophobie à l'école, c'est louable. Mais il reste une question, et de taille : "comment ?". Quand je cherche sur internet des kits pédagogiques pour aborder ce thème, je tombe sur des sites québécois. En classe, j'imagine mal faire un cours "spécial homophobie"... Bien sûr cette notion est abordée, mais quand le programme le demande, par exemple en Éducation Civique Juridique et Sociale, ou en histoire avec la seconde guerre mondiale. Dans les bahuts du secondaire, il y'a aussi ce que l'on appelle les Comités d'Éducation à la Santé et à la Citoyenneté. Dans cette instance, on réfléchit autour de projets à mener, d'exposition, de manifestations à organiser, pour travailler autour de la citoyenneté et de la santé. Mais là, je dois dire qu'on sèche sur l'homophobie. Je suis désolé, certains me trouveront lâches, mais je me vois mal dire à une classe comme ça, de but en blanc, que les homosexuels sont des gens comme les autres. Ne vous méprenez pas, ils sont comme les autres (je serai bien con d'avancer le contraire), mais à mon sens, c'est trop l'affiche, une sorte de coming out détourné. Et ça, ben j'ai pas envie.
Nous allons sans doute détourner ceci en faisant appel à Amnesty International, pour parler des gays en Iran ou en Syrie (rappelons que le président syrien vient à Paris le 14 juillet), de la loi de 1981 dépénalisant l'homosexualité... Tout ça pour provoquer une réaction, une réflexion, et, pourquoi pas, un débat.
Bref, tout ça pour dire que, si les intentions sont louables, la mise en pratique s'avère difficile...
Pour la ptite histoire, hautetfort me souligne en rouge le mot "homophobe" et me propose "homophone..."
12:22 Publié dans Le plus beau métier du monde | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gay, homosexualité, journal intime, homophobie, gay pride, politique
20.06.2008
Rocco ?
En ce moment, au lycée, ce sont les inscriptions et réinscriptions pour l'an prochain. Pendant ce temps là, la vie scolaire est en ébullition. Entre les procédures d'affectation, les dossiers à envoyer, les parents à recevoir, les dossiers à vérifier... Il faut compter une douzaine de documents par élève. Des papiers partout, le bordel. Pour moi, qui suis une Bree Van de Kamp en puissance, si je ne me crée pas un ulcère avant la fin du mois, ça sera bien !
Sur la feuille de renseignements généraux, on demande :
Nom :...................
Prénom...............
Date de naissance.............
Sexe.......................
Et ainsi de suite...
Cela peut paraître très bête que l'on demande le sexe de l'élève, mais à mon lycée, il n'y a pas que des Coralie, Benjamin Matthieu et Sophie, dont on peut aisément savoir si la personne a une paire de couille entre les jambes ou pas à la seule évocation du nom.
Nous, on a beaucoup de prénoms étrangers, et franchement, parfois, c'est difficile de savoir si l'élève est un garçon ou une fille si on ne l'a pas sous les yeux.
Tout ça pour dire que aujourd'hui, j'ai eu un dossier, ainsi complété : (les prénoms ont été modifiés bien sûr...)
NOM : BETA
Prénom : Rocco
Date de naissance : 15/12/90
Sexe : 17 cm.
Voilà voilà ! Quand je vous dit que mes élèves sont super intelligents !
19:21 Publié dans Le plus beau métier du monde | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gay, homosexualité, journal intime, blog, sexe, de tout et de rien
06.06.2008
La place de la femme et la pédale anglaise
Le moment de l'année que je préfère est enfin arrivé : celui des examens de mes élèves. Pour une fois, je les vois un tantinet stressés... Bon ok, c'est pas la grosse panique, mais quand même. Deux minutes avant l'épreuve de maths ils viennent à la vie scolaire pour voir si par hasard, j'aurais pas une calculatrice à leur prêter. Ou encore des crayons de couleur pour l'épreuve de géo. Il y'a même les BEP comptables qui viennent voir si j'aurais pas un plan comptable en trop... Bref, ça se voit qu'ils étaient prêts !
Et comme tous les ans, je suis secrétaire de jury. En d'autres termes, j'organise les exams, et après, je réceptionne les copies pour expédition aux correcteurs. Et là, je me poile !
Cette année, en histoire, le sujet était "le travail des femmes de 1954 à nos jours." Le premier document était une pub Butagaz des années 1950, qui représente une femme assise à côté de son radiateur, avec ses enfants, alors que le mari entre du travail. Le slogan était quelque chose du genre "restez tranquille chez vous grâce à Butagaz"... La première question était :Que suggère ce document quant la place de la femme en 1954 ?
Et voici un florilège des réponses de mes zouaves :
- La place de la femme est bien au chaud.
- La femme est une femme à tout faire
- La place de la femme est assise
- La place de la femme est à côté de son radiateur alimenté par butagaz.
- C l'homme qui travail
- Cette pub suggère d'acheter un radiateur de la marque butagaz
- La place de la femme est assise dans une chaise
-Grâce à l'homme qui travaille ils ont pu s'acheter un radiateur
- La place de la femme suggère : une femme attendrit par ses enfants
- Cette publicité suggère la place de la femme à côté du radiateur...
Et en anglais, pour mon ami Lancelot, voici un florilège des plus belles franglaisisation :
- Citez une activité sportive tirée du texte : "free" ou encore "foot"
- It's very good you love at activité sportif
- It's a lieu fantastic for se retrouver with ses friends.
-You go came with me ?
-In the park, you can pedalling...
Et enfin, en français, le sujet de rédaction consistait en une lettre adressée à un proviseur je crois, dans laquelle on explique les choix que l'on ferait pour organiser une manifestation de sensibilisation des jeunes aux conflits actuels. La consigne était "Vous illustrerez vos choix".
Un candidat a dit qu'il choisirait une expo de photos ou de tableaux ("parce que les jeunes ça ne lit pas trop"). Et comme il tenait à respecter les consignes à la lettre, il a illustré ses propos :

C'est ti-pas merveilleux, ça, dans une copie de FRANCAIS !!!
Résultats le 7 juillet....
22:31 Publié dans Le plus beau métier du monde | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gay, homosexualité, journal intime, blog, école, prof
04.06.2008
Dans la fosse aux lions
Celà faisait un bail que j'en parlais, j'ai franchi le pas. Soucieux de préserver la planète (et accessoirement aussi mon porte-monnaie...), je ne prends plus la voiture pour aller au boulot. Désormais, comme tous les autres, j'ai mon abonnement de travail, ma carte Navigo et mon Ipod.
Comme tous les autres, je mets un point d'honneur à tirer le plus possible la gueuele le matin dans les transports en commun.
Comme tous les autres, je cherche les quotidiens gratuits pour agrémenter mon trajet.
Mais pas tout à fait comme tous les autres. Parce qu'à ma gare de banlieue, le quai pour Paris est bondé tous les matins. Mais moi, je travaille en Picardie ! Donc, comme un pauvre idiot, je suis tout seul le matin, sur mon quai, sous les yeux de tous ces parisiens qui me regardent en se disant probablement que je me suis trompé de sens. Que neni ! Moi, dans mon train, j'ai de la place assise, voire même allongée.
Je me tape toutes les gares pourries et paumées jusqu'au terminus, où je prends une correspondance. Un TER, parce que je quitte l'île de France. Et hop, 10 minutes après, me voilà dans arrivé. Enfin, pas tout à fait.
Et c'est là que le bas blesse.
Parce que pour aller de la gare à mon bahut, il faut que je traverse la cité. Et dans la cité, il y'a mes élèves. Les élèves actuels sont tous très gentils, ils me saluent, les plus âgés viennent me serrer la main... Les caïds, à 7h30, ça dort encore. Normal, ils sont couchés depuis pas longtemps.
Le problème, c'est le soir. Le soir, je traverse la cité, et là, les caïds, ils sont debout. Je suis désormais sur leur territoire. Ils me le font comprendre. Et la gare, c'est leur lieu de repère. Il n'y a pas une semaine sans que je n'entende parler d'un incident dans cette gare. Et ce soir, ça n'a pas manqué.
Alors que j'arrivais, j'ai repéré de loin deux anciens élèves qui tenaient les murs de la gare. Deux élèves virés par conseil de discipline, auquel je siège. Deux lascars qui m'ont laissé les pires souvenirs de ma toute jeune et fraîche carrière. Avec mon sac à la main, je ne pouvais feindre de m'être trompé de chemin et faire demi-tour. Je me suis donc engagé dans la gare. Le plus grand des deux et venu me voir, sourire de lascar aux lèvres. Vous savez, le genre de sourire qui veut dire "toi, tu vas en chier..."
Le second est rentré lui aussi dans la gare. Cet élève est vraiment de loin le pire que je n'ai jamais connu. Violent, ingérable, insolent, qui n'a peur de rien, qui n'écoute jamais rien, provocateur, intimidant, méchant gratuitement. Il est rentré dans la gare et a hurlé à tous ses collègues :
"Hé, c'est celui qui a fait virer M du bahut !" Il l'a répété plusieurs fois. Moi, pendant ce temps, je me décomposais littéralement. J'étais dans l'antre des loups, dans la fosse aux lions, j'étais leur proie, l'intrus sur leur territoire. Et vraiment, je n'exagère pas. Les jeunes sont venus me voir : "t'as fait quoi toi ??" "Kes ta fé???" "T'es qui toi ???"... Gardant toute mon assurance, je jetais un oeil au maître chien qui n'a pas bougé d'un poil. Un connard qui ne sert à rien. Cette affaire a duré deux bonnes minutes qui m'ont paru une éternité. Deux minutes durant lesquelles plusieurs jeunes m'ont encerclé...
Un grand-frère est arrivé. Vous savez, les grands frères vilipendés par Dati hier ? Et bien ce grand-frère a réussi à calmer tout le monde en deux secondes. Le train est arrivé, je suis monté. Dix minutes après, mes jambes en tremblaient encore.
Le pire, c'est que je suis vraiment pas un méchant au boulot. Toujours, je prends le temps d'expliquer les sanctions, les punitions, je fais des bilans réguliers, félicite toujours quand il le faut, mets en avant le meilleur d'eux-mêmes.
Mais là, je l'avoue, j'ai (encore) eu peur. Je m'en balance des propos iufmiens comme "c'est pas contre toi qu'ils en ont, c'est contre l'institution, contre ce que tu représentes..."
Je m'en branle. Je ne représente rien, je suis moi, j'ai eu peur, ça me gave. J'ai eu peur. Je suis prof, pas de la chair à canon.
20:05 Publié dans Le plus beau métier du monde | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gay, homosexualité, sncf, violence, politique, journal intime
25.04.2008
De la cité de l'espace aux urgences
Hier après-midi, à 17h30, j'ai posé mes valises sur le parking du lycée, mais j'ai gardé celles qui pesaient sous mes yeux... De retour de 4 jours de voyage scolaire à Toulouse avec mes 30 élèves.
Globalement, tout s'est bien passé. Les élèves ont aimé le voyage, ce qu'ils ont découvert, et nous ont fait le reproche que ce séjour était trop court...
Je dis bien globalement.
Déjà, il a fallu se taper 10 heures de bus. Dans le bus, j'ai eu droit à de superbes films. Sexy Dance 2 (je ne savais même pas qu'il y'avait eu un Sexy Dance 1), et Coatch Carter. Deux chef d'oeuvre cinématographiques pour teen-agers. Vraiment bien. Des histoire de danse pour le premier et de basket ball pour le second. Ce qu'il y'a de marrant, c'est que à la fin du second film, le Dvix a enchaîné sur des dessins animés de Tintin. Pensant bien faire, je me suis rué sur le lecteur pour arrêter la lecture de ce film que je pensait que les élèves auraient jugé naze. Et bien figurez vous que quand j'ai appuyé sur "stop", je me suis fait huer par mes 30 gaillards qui voulaient connaître les aventures du lotus bleu. Comme quoi...
Et puis arrivé à Toulouse, il pleuvait. Des cordes. Les élèves m'ont accusé, en riant, de leur avoir menti. Nous n'étions pas dans le sud, mais en Bretagne...

D'ailleurs, les pauvres, ils avaient amené dans leurs valises des shorts et des bermudas, des tongs... J'ai découvert la tendance mode chez mes élèves : le short hawaïen. Ils en avaient tous. Ils déjeunaient avec dès le matin, en tong. Esprit très vacances tout ça.
Globalement, les élèves ont été cools. Globalement. Parce qu'on n'a pas beaucoup dormi, nous, accompagnateurs. La nuit, ça circulait dans les couloirs, à minuit, une heure, deux heures du mat'... ça criait hurlait... Et puis le matin, ils avaient du mal à se lever. Nous aussi remarque. Normal, dormir 4 heures par nuit, c'est pas tip top. Se lever toutes les heures pour aller demander le silence, ça fatigue. Faut dire qu'à l'auberge de jeunesse, il y'avait des filles. Et mes gars, ils ont dragouillé. Ils ont même réussi à avoir leur zéro six ! Quoi ? vous ne savez pas ce que c'est que leur zéro six ? Mais enfin, c'est leur numéro de téléphone !
Pour être in, il faut dire "passe moi ton zéro six..." et non plus "quelles sont tes coordonnées téléphoniques..."
Globalement, la rencontre avec les toulousains a été productive. Ils ont aimé leur accent. Le soir ils se foutaient de ma gueule en imitant les gens qu'ils entendaient avec leurs "putain con" à la fin de chaque phrase, les mots bizarres comme les poches (les sacs plastiques), les chocolatines (les pains au chocolat) et les mots inconnus comme "ça pègue..." (ça colle, c'est gluant...) Mais mes bourrins d'élèves ne se sont pas fait que des copains, en hurlant dans la rue "Nous c'est Pariiiis !!!" ou en disant " Toulouse c'est le trou du cul de la France, rien ne vaut Paris..." Après ils se plaignaient auprès de moi : "les toulousains, ils n'aiment pas les parisiens..." Je leur ai expliqué que ce qu'on n'aimait pas, c'était le parisianisme. Pas les parisiens.
Globalement, les visites prévues se sont bien passées. Enfin je crois parce que j'en ai zappé une, celle de la cité de l'espace. Car j'étais aux urgences, avec un de mes élèves. Trop trop bien. Lundi soir un élève, en jouant au foot, s'est fracassé le crâne sur un poteau des buts. Il m'a affirmé sur le coup que ça allait. Le lendemain matin, au réveil, il me dit que ça allait toujours. Alors que je rentrais dans la cité de l'espace, sa maman m'a appelé. Son fiston l'avait appelé au réveil, pour lui raconter son bobo et lui dire qu'il était devenu amnésique. Affolée, elle a exigé qu'il aille à l'hôpital. Alors que j'étais au téléphone avec la maman, j'ai regardé le bambin, qui à première vue, était dans son état normal. Il était en train de donner des claques à un mannequin de cosmonaute. Tant pis, je me suis sacrifié. 40 € de taxi plus tard, me voilà aux urgences avec lui. Il y'est resté 4 heures. 4 heures pendant lesquelles je n'avais comme occupation qu'un vieux Femme actuelle de 2006 pour me tenir compagnie dans la salle d'attente. Je suis un pro désormais pour savoir comment surprendre ses invités en dressant une belle table et pour savoir comment rester sexy même quand on est enceinte, ça peut toujours servir. Bilan des courses, tout était normal. Je le savais, mais au moins, la maman était rassurée.
Mais ce qui importe, c'est le global. Les élèves ont adoré visiter Airbus, voir le géant A 380 en phase de montage, ils ont aimé Toulouse, sa place du capitole ensoleillée, les magasins, les rues commerçantes et piétonnes. Ils ont aimé jouer aux cartes avec nous, les profs, le soir avant d'aller au lit. Nous avons partagé les petits déjeuners, pique-niqué ensemble... Je pense que tout ceci fera de jolis souvenirs. L'école c'est aussi ça : l'ouverture sur le monde, la découverte, les voyages... En tout cas, moi, malgré la fatigue évidente et les heures de sommeil en retard, je suis content de l'avoir organisé ce voyage.
09:31 Publié dans Le plus beau métier du monde | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : voyage, vacances, toulouse, bretagne, urgences
20.04.2008
Aussitôt arrivé, aussitôt reparti !
Dans la vie d'un fonctionnaire de l'Education Nationale, il y'a une alternance perpétuelle de vacances et de boulot (et des fois, on bosse même en vacances, si si si ! ).
Et entre ces périodes, il y'a forcément la rentrée, la reprise quoi. Et pour moi, en tant que travailleur de la zone A, et bien la rentrée, c'est demain.
Mais en fait, c'est pas vraiment la rentrée pour moi.
Bien sûr, je dois être au lycée à 7 heures. Bien sûr je commencerai ma semaine par un café.
Mais la ressemblance avec toute semaine normale de travail s'arrêtera là. Car à 7h30, je monte dans un bus, direction ... Toulouse.
La seule différence avec mes vacances (différence de taille somme toute) c'est que dans le bus, il y'aura 30 élèves du lycée. 30 gars que j'amène découvrir ma région natale. Vous l'aurez compris, je pars en voyage scolaire, avec 3 collègues profs et surveillants.
C'est mon premier voyage scolaire que j'ai organisé de A à Z. Et ben c'est pas de tout repos d'organiser un voyage. Donc voilà une semaine que ce voyage me réveille tous les matins : les élèves seront-ils tous à l'heure lundi ? Comment se passera le trajet ? Parce que mine de rien, Toulouse en bus, c'est 10 heures de route... Mais que voulez-vous, c'est moins cher que le train et l'avion, et vu le budget "vie lycéenne" que l'on a ... (c'est les sous qui servent à ouvrir les jeunes sur le monde qui les entoure : voyages, sorties, musées, intervenants associatifs...)

Comment vont-ils se comporter ? Va t-il y'en avoir un qui va terminer ivre mort après un passage prolongé chez tonton, le bar toulousain où l'on sert le pastis Ô maître (un mètre de pastis...) ? Auront-ils tous leur carte d'identité ? Même si je l'ai répété à peu près deux cent fois...
Bref, vous l'aurez deviné, un voyage scolaire, c'est chouette, ça change du quotidien, mais c'est quand même vachement stressant. Je suppose que je ne vais pas beaucoup fermer l'oeil durant mes nuits à l'auberge de jeunesse... Allez, je file préparer ma valise, vérifier ma trousse de premiers secours, mes fiches élèves...
11:41 Publié dans Le plus beau métier du monde | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gay, homosexualité, journal intime, blog, voyage, vacances
06.04.2008
Lettre
Je vous parlais récemment d'un élève qui a fait une bêtise et qui va passer en conseil de discipline.
Cet élève, je le suis depuis maintenant presque un an. Tous les jours je le vois dans mon bureau, tous les jours on fait le point sur son parcours, sa motivation... Souvent je le sanctionne, souvent je lui fais la morale. Un écorché vif, avec de gros soucis, des soucis qui feraient que le plus blindé d'entre nous se terrerait sous sa couette jusqu'à la fin de ses jours. Lui il essaye de s'en sortir. Je ne suis pas convaincu qu'il y arrive mais bon...
Cet élève donc a quitté le lycée jeudi soir après qu'on lui ait annoncé sa comparution devant le conseil de discipline, des larmes pleins les yeux, la main bandée après qu'il ait cogné la porte de toute ses forces. Un sentiment d'échec sans doute pour lui.
Le lendemain, cet élève passe au lycée. Il donne à une surveillante une lettre qui m'est destinée. Sur l'enveloppe, mon nom : " MR XXX".
A l'intérieur, une feuille de classeur à grands carreaux, tellement froissée qu'elle n'a pas du connaître beaucoup de classeur ou de chemise. Et cette feuille est une lettre :
" Monsieur,
Il est beaucoup plus facile pour moi de m'exprimer par écrit que par l'oral. C'est alors par la voix de cette lettre que je vous présente mes plus sincères regrets pour mon comportement d'hier. Je sais que vous faîtes beaucoup pour moi et j'aimerais juste faire la moitié de ce que vous faîtes pour moi. Ces quelques lignes ne sont que le pardon d'un élève parmi temp d'autres (SIC).
Cordialement."
Cette lettre m'a fendu le coeur. Ces pour ces quelques lignes que j'aime mon métier. Et non, cet élève n'est pas un élève parmi tant d'autres. C'est un jeune que j'aime beaucoup. J'espère pour lui qu'il ne sera pas exclu. Même si je sais que les collègues le souhaiteraient. Je peux les comprendre aussi. A moi, il ne m'a rien fait, sinon me donner envie de lui tendre la main.
Par contre, le jeune qui m'a dit vendredi "ton rapport je m'en bats les couilles tu peux te le mettre au cul..." ben lui...
18:34 Publié dans Le plus beau métier du monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
29.03.2008
Solidaire en LP
Chers et chères petits vieux et petites vieilles,
Conscient du drame qui vous a touché durant l'été 2003, été particulièrement chaud il est vrai, je tiens à vous témoigner de ma solidarité à votre égard.
Depuis cette année noire, nous, actifs, devons travailler un jour de plus et vous offrir le fruit de notre travail. Ainsi, nous pourrons équiper les maisons de retraite en système de clim et de ventilation au top du top (des maisons de retraite qui me serviront sans doute un jour) Un peu comme la vignette automobile de jadis en quelque sorte. Enfin, jusqu'à ce qu'on se rende compte que les sous sous de la vignette ne vous profitaient pas.
Durant deux ou trois ans, nous vous offrions le lundi de Pentecôte. Mais après quelques cafouillages gouvernementaux, les entreprises et administrations ont le choix de la date et du jour supplémentaire travaillé. Pour beaucoup, c'est un jour de RTT en moins.
Mais moi, je ne suis qu'un privilégié de prof et comme j'ai déjà beaucoup de vacances et que je ne travaille pas beaucoup, j'ai pas de RTT à vous offrir.
Donc aujourd'hui, samedi 29 mars, j'ai été solidaire. Je suis allé travailler ! Bon, c'est vrai qu'en tant que fonctionnaire, je ne vois pas très bien quelle richesse j'ai pu produire aujourd'hui et qui vous sera reversée mais bon...
Je ne vous cache pas que quand mon réveil a sonné ce matin, un samedi matin, j'ai pesté contre cette journée de solidarité et contre le réchauffement climatique.
Donc aujourd'hui, c'était les journées portes-ouvertes du lycée. Pour les journées portes-ouvertes, on ouvre les porte, on met des fleurs partout, on offre le café et les croissants aux visiteurs (les élèves de 3ème intéressés par le lycée), et surtout, on présente les différentes filières... Sourire vissé jusqu'aux oreilles, j'ai fait le VRP du lycée : le BEP sanitaire et social ? Trop bien ! l'internat ? Mieux qu'à la maison ! Le bac pro Micro Info ? Trop in !
Non, sérieusement, j'aime bien ces journées portes ouvertes. C'est l'occasion de valoriser l'enseignement professionnel, de montrer à tous ces jeunes en désamour avec l'école qu'il n'y a pas une voie unique de réussite qui se résumerait à l'enseignement général. C'est l'occasion pour nos élèves présents ce jour là de montrer ce qu'ils savent faire. Voir un jeune en train de conduire un chariot élévateur ou un autre en train de monter un réseau informatique, ça rassure les parents des jeunes qui vont aller en lycée pro. Les voir rentrer dans le lycée avec appréhension, puis les voir repartir le sourire aux lèvres, c'est vraiment agréable. Et voir nos élèves actuels (volontaires pour cette journée de solidarité) pleins de fierté parce qu'ils montrent aux autres ce qu'ils savent faire, ça, ça fait oublier tous les réveils difficiles du monde !
17:39 Publié dans Le plus beau métier du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gay, homosexualité, journal intime, blog, de tout et de rien, travail, école
02.02.2008
Une baffe pas comme les autres
Je n'ai pas pour habitude de commenter l'actualité, et encore moins ce que l'on peut considérer comme des "faits divers"... Bien sûr, ceci ne veut pas dire que je n'ai pas d'avis sur le monde qui nous entoure mais je n'ai pas la prétention de détenir la vérité sur tout. Donc, bien souvent, je m'abstiens.
Mais quand quelque chose me touche, me concerne, je réagis. Je souhaite là donner mon avis sur l'affaire de la gifle donnée par un enseignant à un élève qui l'avait insulté.
Lundi matin, un professeur de technologie dans un collège de Berlaimont (nord), âgé de 49 ans, et l'enfant ont eu un différend au sujet du rangement d'une table. Selon sa version des faits, le professeur a alors poussé l'enfant contre la porte, et celui-ci, le regardant dans les yeux, l'a traité de "connard", ce qui a déclenché la gifle.
Manque de pot pour l'enseignant, le papa de cette chère tête blonde est gendarme. En fin de matinée, il est arrivé en uniforme au collège pour demander des explications au professeur avant de déposer plainte. Plus tard, des policiers sont venus chercher l'enseignant chez lui et l'ont placé en garde à vue 24 heures.
L'enseignant a été suspendu jusqu'à son jugement pour "violence aggravée" le 27 mars devant le tribunal correctionnel d'Avesnes-sur-Helpe (nord).
Cette affaire fait beaucoup parler en salle des profs, dans les couloirs des lycées et collèges de France. Je ne connais pas de collègues, surtout dans mon établissement, qui ne se soit pas fait insulter un jour ou l'autre. Bien sûr, "l'institution" propose des réponses aux faits de ce type, des sanctions, et rien de justifie la violence physique envers un élève. On n'a pas le droit et on n'a jamais eu le droit de le faire, et ce, quoi qu'en disent les discours de ce que j'appelle les "anciens combattants" qui passent leurs journées à dire : " Ahhh, de mon temps, ce n'était pas comme ça..." Mais oui ma pov' dame, mais le monde a changé. Si le monde a changé, les élèves aussi. C'est comme ça, il faut faire avec.
Malgré tout, cette gifle-réflexe a déchaîné tout un arsenal juridique : garde à vue, procès pour violence aggravée... Il doit être content de lui le petit ange. Il peut traiter un prof de connard, le conduire en garde à vue, et le mener au tribunal. Tout ça ne lui aura coûté qu'une gifle. Ah, et oui, c'est vrai, trois jours d'exclusion du collège. Je pense qu'il ne va trop se plaindre, il est maintenant le caïd devant ses camarades. Il est celui qui a bravé le système.
Par contre, le collègue, il doit l'avoir en travers de la gorge le système. Arrêt maladie jusqu'au procès et il risque la révocation. Alors même que plusieurs centaines d'élèves et anciens élèves attestent de ses compétences, de sa disponibilité.
J'aimerais que ce papa gendarme vienne passer deux heures en classe. Qu'il voit à quel point les jeunes sont gentils avec nous. Comment réagit-il quand un justiciable essaye de lui résister ou le provoque ?
C'est difficile de rester maître de soi quand en face de nous quelqu'un nous provoque délibérément parce qu'il sait qu'il ne risque rien. Souvent j'ai dû me maîtriser, serrer les poings dans mes poches pour me contenir. Et oui, des fois, un mot plus fort, plus osé qu'un autre, sort de ma bouche. Un jour j'ai dit à deux élèves filles qu'elles étaient des "poufs". Et le lendemain j'avais une maman dans mon bureau. Et j'ai presque dû m'excuser. La maman n'a pas voulu entendre que sa fille séchait les cours, revenait en ricanant et me répondait "j'm'en tape, si j'ai pas envie de venir je viendrai pas et c'est pas vous qui allez me forcer, je vais ce que je veux d'abord..." Donc oui, j'ai dit qu'elle se comportait comme une pouf.
Jeudi dernier, un élève m'a dit "sale mongol". Je lui ai demandé de répéter pour être sûr, et il l'a fait en me tutoyant : "t'es qu'un sale mongol, je savais bien que j'aurais dû rester au lit ce matin plutôt que de venir dans ce lycée de merde". Et bien là, je vous assure, c'est dûr de se contenir. Je crois que je n'ai pas trop hurlé. Je lui ai fait la morale et il a eu une semaine d'exclusion. Tiens, je réalise que chez moi on est plus dur que dans le Nord apparemment. A moins que "sale mongol" soit plus violent que "connard" et mérite une sanction plus forte.
J'aime mon métier, il y'a des mômes supers et même les plus difficiles sont attachants. Mais quand je vois comment l'on nous considère, et bien j'ai mal à l'école.
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17.01.2008
Attention je mords...
Je sais que je vais en faire bondir plus d'un, et je m'excuse par avance auprès de tous les gens qui ont un vrai travail alors que moi, comme tous les fonctionnaires, je suis payé à rien faire. Mais voilà :
C'est quand les vacances ?
Je sais je sais, pas taper, pas taper... Il y'a moins de deux semaines j'étais en vacances. Et dans un peu plus de trois semaines c'est rebelote.
Mais là, je sature, j'ai mon seuil de tolérance à la connerie de mes élèves qui frôle le néant, et j'en deviens imbuvable. J'ai la colle facile, je deviens de plus en plus intolérant et parfois même vulgaire...
A un élève exclu de cours qui m'expliquait que "wesh c'est pas grave de chanter en cours..." je lui ai hurlé dessus en lui demandant s'il était débile ou quoi ?
A une élève absente en sport qui m'amène un mot d'excuse avec une lamentable imitation de signature parentale et un motif "malade", j'ai répondu qu'elle était malade du cerveau et qu'elle ne connaissait pas les notions d'effort, de travail et que la vie ne se résumait pas à une trousse de maquillage, et à une bande de copine avec qui pouffer comme des chipies. Et j'ai enregistré l'absence sans motif valable.
J'aurais des tas d'anecdotes comme ça à raconter, mais je me rends compte en les écrivant que je suis aigri et ça me fout les boules parce que ce n'est pas le vrai moi que je suis, ou que j'étais.
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